Samedi 25 novembre
2000, dans la salle d'attente de l'ORL .
J'ai des sifflements dans les oreilles, cela arrive de temps en temps
à mon travail
quand les palettes sont jetées au sol
. Cela fait comme
un coup de fouet entre les oreilles
au moment de l'impact et ça résonne dans les chambres
froides pendant plusieurs secondes.
D'habitude ces sifflements disparaissent au bout de quelques minutes
voir quelques heures au pire. 4 Jours que cela dure, ça
fait long, c'est peut-être plus grave que d'habitude, (saleté
de palettes) me dis-je.
Après 1
audiogramme et quelques questions relatives aux circonstances dans
lesquels sont survenus mes sifflements, l'ORL me dit :
_Vous souffrez
d' acouphènes
, accompagnés d'
hyperacousie et une perte d'audition
de 15db à chaque oreille, vous avez 2 solutions ;
_Soit je
vous prescris un traitement par médicaments dont l'
efficacité est "moyenne "
, et qui durera 3 mois.
_Soit l'
hospitalisation
, 1 semaine en clinique sous
perfusion
"cocktail à base de
corticoïdes
vasodilatateurs
", les
chances de guérison sont alors de 70%.
Il ajoute : si vous vous décidez pour l'hospitalisation, je
vous fais rentrer de suite.
Franchement je ne m'attendais pas à ça. Je repars chez
moi déboussolé par ce que je viens d'entendre.
J'en discute avec ma femme et
nous prenons la décision de tenter la solution la plus
efficace
, je me sens coupable, je la laisse se débrouiller avec
nos 2 enfants sur les bras (3 ans et 1 an) pendant que moi, je vais
me reposer dans une clinique.
Une semaine
plus tard, après avoir fait bilan sanguin, écho-doppler,
scanner, IRM et 1 deuxième audiogramme, il apparaît
que tout est normal et que je n'ai aucun problème circulatoire,
est-ce une bonne nouvelle ? non, pas vraiment,
mes acouphènes sont dus à un traumatisme sonore
(maudites palettes) me dis-je.
Cela va faire bientôt 1 an, j'en suis à mon 3ième
traitement, je le fais sans réel espoir de guérison.
Depuis 1 an,
je travaille avec des obturateurs en silicone dans les oreilles
, je les mets également
dans tous les lieux publics
: en ville, en balade, au sport, au supermarché et même
quand je vais conduire mes enfants à l'école.
J'ai eu une période ou je n'arrivais plus à trouver
le sommeil me focalisant sur mes sifflements, cela m'arrive encore
de temps en temps, quotidiennement
mes sifflements me réveille entre 3 à 6 fois le
nuit
.
Il y a quelque temps, j'ai décidé d'arrêter la
moto et de revendre ma machine.
Dés que j'excède 70km/h les turbulences dans le casque,
pourtant faible à cette allure, deviennent insupportables
et menacent d'augmenter mes acouphènes et mon hyperacousie.
Lundi 15 octobre
2001,
la chute d'une bouteille en verre sur le carrelage vient d'augmenter
mes acouphènes
, cela m'a fait mal, vraiment mal, et j'ai peur que ces sifflements
augmentent dans le temps. S
uis-je à la merci de chaque son trop fort, chaque claquement
de porte, chaque cri, chaque pleur ?
Vais-je devoir porter mes obturateurs 24h/24h afin de ne pas être
agressé constamment et voir mes acouphènes s'amplifier
?
La semaine de travail qui a suivi cet événement a été
pénible, fatiguante mentalement et moralement. J'ai de plus
en plus de mal à supporter le bruit dans lequel je travaille
et ce même en portant mes obturateurs,
je pense sérieusement à changer de métier
, je
vais en attendant porter un casque antibruit en plus de mes obturateurs
, il faut absolument que je trouve un travail beaucoup moins bruyant,
je crains de ne pas pouvoir le supporter.
Les acouphènes
et l'hyperacousie influent énormément sur le comportement,
ils vous rendent dépressif, agressif, intolérant,
et même parfois violent envers ceux qui ignorent ou qui n'ont pas
conscience de votre handicap.
Il y a quelques mois, ma famille ; femme et enfants, a failli voler
en éclat.
Je ne supportais plus rien. Ni le moindre objet qui tombait par terre,
ni les pleurs ni les cris de joie de mes filles.
Désormais, nous nous efforçons de vivre normalement
en prenant toutefois de multiples précautions pour ne pas
accentuer mes sifflements
.
J'essaye "d'apprivoiser " mon stress, mes angoisses, ma colère,
ma frustration, mon anxiété
que m'occasionnent mes acouphènes et mon hyperacousie
.
Ma femme me soutient dans mes efforts, m
'encourage et fait preuve de compréhension
, H je t'aime.
J'ai l'impression que même mes filles se sentent concernés,
elles sont moins bruyantes dans leurs jeux
et s'ils leur arrivent de faire tomber quelque chose, elles se
tournent vers moi et cherchent dans mon regard du pardon, et n'y
voient plus de colère.
Récemment, ma fille de 4 ans a dit à sa mère
: " Papa n'est pas là, alors on peut faire du bruit ", il
lui arrive même de m'imiter en mettant ses mains sur ses oreilles
si sa sœur se met à pleurer. Cela me rend triste de savoir
que mes enfants puissent en souffrir.
Vous qui lisez
ces lignes, si vous n'êtes pas acouphénique et si vous
connaissez des personnes qui en souffrent,
soutenez-les, faites preuve de compréhension et surtout
ne vous exposer pas à des niveaux sonores dévastateurs.
Aux acouphéniques,
ne baissez pas les bras, ne vous isolez pas, et ga
rdez espoir en attendant un traitement efficace.