J'ai 29 ans, des poils sur le menton et encore toutes mes dents. Ah oui, et je vis en Belgique. J'ai fait la connaissance des acouphènes il y a 9 ans. A cette époque, je voulais devenir guitariste. Mon premier acouphène m'est venu assez rapidement, je crois que c'etait à la deuxième ou troisième répétition de mon premier groupe. Un micro trop près d'un baffle et hop un beau larsen : acouphène oreille droite. Je ne me suis pas inquièté dans l'immédiat, les sifflements disparaissaient toujours après quelques heures... Mais celui-là a élu domicile définitivement ! Ca ne me dérangeait pas trop car il était de très faible intensité, je n'y ai donc plus prêté attention. Je précise que dans le milieu du rock il est tout à fait courant d'avoir les oreilles "deglinguées" si je puis dire. J'ai continué à pratiquer mon instrument favori, ne vivant que pour la musique. Evidemment, en plus de répétitions hebdomadaires, j'allais voir des concerts, je sortais beaucoup dans les boîtes rock, etc. Petit à petit, l'acouphène s'est amplifié. Et vous le devinez, il a très vite vu s'installer un voisin en face. Donc me voila a 21 ans avec mes amies cocotte minute qui me tiennent compagnie jour et nuit. Là je me dis, bon cette fois mes oreilles sont "rôdées", je n'ai plus rien à craindre, ça ne pourra pas être pire. Et puis de toutes façons, ça ne m'empêchera pas de continuer à faire ce que j'aime. Erreur ! ! ! Un an plus tard, je continuais toujours à mener cette vie de hmm... rocker. Jusqu'au jour où je vais voir un concert où le son est vraiment fort. Je vois des musiciens pros qui assistaient au concert sortir de la salle, ça aurait du me mettre la puce a l'oreille (sic). Le lendemain, je me réveille avec des acouphènes n'ayant pas changés, par contre je ne supporte plus certains sons. Je fais donc connaissance avec l'hyperacousie. Après 2 jours, voyant que ça ne passe pas, je prends rendez-vous chez un ORL Il me fait passer un audiogramme et me préscrit du Nootropyl. "Votre audition est dejà abîmée" me dit-il, "vous devriez faire attention". Je me décide donc à porter des bouchons pendant les répétitions, je ne vais plus voir de concerts. Après six mois, mon hyperacousie a fortement diminué, les sifflements ont peu changé. Je recommence donc à aller voir des concerts, toujours protégé évidemment. Durant cette première période, mes acouphènes m'ont peu gêné. J'ai un caractère solide, ce ne sont pas deux misérables sifflements qui vont me gâcher la vie. Bref, je recommence à sortir normalement mais en faisant attention. Le problème avec les acouphènes c'est qu'il suffit d'une seule erreur pour que tout s'écroule... Au nouvel an, je reste un
peu trop longtemps près d'une enceinte qui ma foi n'allait pas bien
fort. Un volume suffisant pour aider les gens à parler, si vous
voyez ce que je veux dire.
Plein d'espoir, je prends
une décision importante. Je ne jouerai plus en groupe. Je vais installer
un home studio. Je commence donc a m'équiper, je ne fréquente
plus la musique live, je fais attention, je porte des protections en cas
de doute.
Bien sûr la vie est
toujours prête à vous faire des suprises. Aux alentours de
mes 24 ans, un de mes amis se suicide. Choc émotionnel inévitable,
je sombre de longues semaines dans les tourments de la misère humaine.
Je commence à traîner dans les bars, je me saoûle fréquemment
et je commence à fumer.
Je reprends ma vie mais une
nouvelle donne entre en jeu. Cette fois, je dois bien constater qu'il ne
m'est plus possible de jouer de la musique. Je me dégote donc un
job dans une imprimerie digitale. Entouré toute la journée
du doux ronronnement de gros copieurs, je parviens à trouver une
vie stable.
Arrivé décembre
2000, je vais voir un concert. Le volume est raisonnable, je m'amuse, je
bois quelques verres de bière (je suis Belge =)). Le lendemain,
tout va bien.
Deux semaines plus tard,
ma mère rentre à l'hôpital. Cancer du colon ! L'opération
se passe très bien, les visites me sont extrêmement pénibles
mais je vais la voir tous les jours. Je commence à fouiller un peu
sur le Net et je découvre France
Acouphènes.
Mes acouphènes sont devenus un handicap, ils ne sont plus une gêne. Au mois de mars, j'aide un
ami à emballer du matériel. J'utilise un gros rouleau de
papier collant... Je rentre chez moi le soir, je m'installe, après
une heure je sens mes acouphènes devenir réellement violents.
Je panique, je vais chez ma mère. Je dors chez elle, ne voulant
pas rester seul.
Ma mère a immédiatement fait venir un médecin qui m'a mis directement sous antidépresseur. Je suis resté dans cet état pendant 15 jours. Impossible pour moi de faire quoi que ce soit. Les antidépresseurs m'ont fait beaucoup dormir. Dès que j'ouvrais les yeux, je pensais au suicide. Evidemment ce n'était pas facile pour ma mère non plus, elle était encore en pleine chimiothérapie. Au bout de 15 jours donc, je me suis senti mieux. Les acouphènes étaient redevenus supportables grâce aux antidepresseurs. Je me suis décidé à rentrer chez moi. Depuis cette crise, je suis sous antidépresseurs. Plus de sortie, plus d'alcool, plus de sport et j'en passe. Je vois beaucoup moins mes amis. J'ai commencé dernièrement à réecouter de la musique, tout doucement. Ces dernières semaines, j'ai retrouvé un bon moral malgré des acouphènes toujours invalidants. J'ai réussi à me débarasser de la paranoïa qui m'avait envahie. Je fuyais chaque bruit... Une note positive dans tout
ça, ces acouphènes m'ont fait comprendre beaucoup de choses.
J'ai appris à aimer les miens, certaines choses de la vie qui me
passaient au dessus de la tête auparavant, sont devenues claires
pour moi à présent. Paradoxalement, j'ai appris à
écouter...
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