10h17, vendredi 21 septembre 2001, je travaille avec
une stagiaire IUFM dans la salle des professeurs du collége Stendhal
(TOULOUSE), lorsque la cloison s'avance vers nous dans les bruits de verre
et les hurlements des élèves.
Aprés l'évacuation totale du batiment, je reviens parcourir
les ruines pour réaliser " A QUOI J'AVAIS ECHAPPE !"
J'avais une chance immense: je n'étais pas blessée.
Recouverte d'une boue visqueuse, le nez et la gorge " en feu ",
je récupère mes enfants sains et saufs à 14 heure.
Mon domicile est intact.
dans les heures suivantes, je m'aperçois que contrairement à
mon habitude, je ne mets plus l'écouteur du téléphone
contre mon oreille gauche. Je suis en état de choc.
Pendant le mois suivant, j'ai travaillé dans l'urgence:
- récupération du matériel pédagogique dans
les ruines.
- accueil et réconfort des élèves.
- journées entiéres avec les élèves sur les
différents lieux d'accueil.
- installatiion dans les algécos et reprise du planning habituel.
Je suis épuisée, je ne supporte plus les bruits, j'ai mal
à la tête.
Je n'ai pas le temps de réfléchir; heureusement , je dors
bien.
Avec mes enfants, nous allons au théatre. Je me bouche
les oreilles, je voudrais partir mais comment laisser ma fille
de 4ans qui est captivée par le spectacle.
Je ne supporte plus l'écouteur du téléphone, je n'utilise
que le haut parleur.
Enfin les vacances de Toussaint, je vois un ami psychiatre.
Son diagnostique : j'ai positivé l'évènement et maintenant
je dois me reposer.
Je consulte un orl : les tests auditifs ont été agressifs
et douloureux.
Comme mon médecin généraliste, il diagnostique une
Hyperacousie douloureuse sans perte auditive.
Je suis persuadée que tout va s'améliorer dès que
je serais reposée. Je ne suis ni anxieuse, ne angoissée
seulement extenuée.
Progressivement je baisse tous les sons (radio, reveil,....)
Je supprime tous les "bip" et j'achéte
des bouchons d'oreilles.
Ma tentative de cinéma avec les bouchons d'oreilles se révèle
insoutenable.
Pendant les vacances de Noel, je fais une cure de sommeil et je fuis toutes
les festivités.
Je commence l'année 2002 détendue, reposée et sereine.
Au bout de 15 jours , je déchante : mes problémes
auditifs ne diminuent pas, au contraire ,je suis en état
de saturation. J'ai l'impression d'avoir un ampli et des échos
dans la tête , les murs , les plafonds, les arbres me renvoient
les sons. Tout est multiplié
OH! QU'ILS SONT TERRIBLES LES BRUITS de la cuillère
contre l'assiette, de la craie sur le tableau, des chaises que l'on déplace........
Qu'il est difficile et épuisssant d'assister aux réunions,
aux repas.........
Les agressions auditives quotidiennes provoquent des maux de tête
de plus en plus persistants.
Je dois me rendre à l'évidence : mes oreilles ont changé,
je suis blessée.
JE FAIS PARTIE DES VICTIMES DE L'EXPLOSION D'AZF.
En février 2002, un bilan orl détecte une légère
perte auditive et toujours l'hyperacousie douloureuse
pour laquelle mon médecin me conseille des bouchons anti-bruits
Avec mes bouchons anti-bruits, je peux supporter le bruit de la craie
sur le tableau, le bruit des élèves dans la classe (lorsqu'ils
sont calmes). Mais ils sont inefficaces pour les sonneries diverses, les
klaxons des véhicules, les instruments de musique, les chanteurs
"sans micro", l'aspirateur , le mixer, les tondeuses, les perceuses,.....Malgré
mes bouchons anti-bruits, trop de sons me traversent les oreilles et la
tête comme si je recevais une décharge électrique.
Lorsque cette décharge est trop violente (ex: le verre qui heurte
l'assiette), j'ai la sensation que mon cerveau se tétanise
pendant quelques secondes.
Les vibrations de machines (comions, harley, bouches d'aération.....),me
font vibrer les tympans, c'est insupportable.
Notre monde est rempli de "bip" (caisse enregistreuse, véhicule,
photocopieuse, machine à laver..) ET et ma tête explose
à chaque bip.
LORSQUE MA TÊTE EST TROP PLEINE DE BRUITS , ELLE DEBORDE
EN CEPHALLEES MIGRAINES TENACES.
Depuis Aôut 2002, un sifflement aigu vient régulièrement
perturber mon oreille gauche.
Je suis dans l'attente d'une expertise médicale depuis mars 2002.
ADIEU: concerts, spectacles, théatre, cinémas, cirques,
musique, festivités, carnavals, kermesses, feux d'artifice, restaurants,
réunions amicales, anniversaires,..
IL EST DIFFICILE DE VIVRE ISOLE DES AUTRES
Ma vie privée est réduite à une peau de chagrin.
Je m'accroche désespérément à ma vie professionnelle.
Mais combien de temps vais-je tenir à côté, du chantier
de démolition et de reconstruction du collège Stendhal.