Le 5 juillet 1998, j'ai assisté à un concert d'Iggy Pop au Zénith de Caen. J'étais au milieu de la salle, mais j'en suis ressorti avec des sifflements d'oreilles puissants et une surdité marquée. Les jours suivants, à mesure que je récupérais progressivement une grande partie de mon acuité auditive, je m'apercevais que les voix et les bruits quotidiens m'agressaient et me faisaient mal, tandis que les sifflements ne s'arrêtaient pas. J'ai consulté mon généraliste, qui a dédramatisé et m'a prescrit un vasodilatateur en cachets, sans résultat. Il m'a ensuite adressé à un ORL, dont le secrétariat m'a proposé un rendez-vous un mois et demi plus tard. Après avoir diagnostiqué unelégère perte auditive sur les aigus et des acouphènes bilatéraux, cet ORL m'a prescrit un autre vasodilatateur par voie orale. J'ai suivi ce traitement durant 6 mois, pendant lesquels j'assurais mes fonctions professionnelles avec beaucoup de difficultés et dans des souffrances auriculaires atroces. Mon état ne s'étant nullement amélioré, l'ORL m'a finalement prescrit un anxiolytique, sans résultat. Puis il m'a dit qu'il ne pouvait plus rien faire pour moi et ne savait pas si les sifflements obsédants et la douleur allaient s'arrêter un jour. "Au revoir Monsieur". Déjà au bord du gouffre au niveau physique et moral, ce brutal abandon médical m'a plongé dans le désespoir et m'a amené au bord du suicide. C'est par l'association France Acouphènes, trouvée grâce à Internet, que j'ai appris la vérité sur mon état, ainsi que le nom du symptôme dont je souffre le plus : l'hyperacousie douloureuse. J'ai également appris que mes maux étaient courants, bien qu'ils indiffèrent totalement les médecins et les autorités de notre pays. Les concerts en sont souvent la cause. Des jeunes comme moi témoignent de leur drame dans le journal de l'association. Comme moi, ils sont les victimes de "professionnels" du spectacle qui ne peuvent ignorer les dommages catastrophiques causés par leurs pratiques. Ce qui est infligé à ces personnes qui assistaient simplement à un concert pour se divertir est ignoble et révoltant. Elles sont les victimes d'actes gratuits (pourquoi pousser le son aussi fort ?), graves, cruels et irréversibles. Et les médecins, les pouvoirs publics : où sont les contrôles, l'information, la prévention ? Pour moi comme pour la plupart des victimes, l'absence de prise en charge, l'indifférence des médecins et des organismes de protection sociale constitue un second traumatisme. Trouver simplement un spécialiste à l'écoute et qui "s'intéresse" à ces symptômes (sic) est ainsi un véritable parcours du combattant. J'ai par ailleurs constaté que la majorité des médecins consultés ne connaissaient même pas le mot hyperacousie ! Ce symptôme ne figure pas non plus dans les "tableaux " officiels de la sécurité sociale et de la COTOREP, ce qui est une négation intolérable de la souffrance et du handicap des personnes atteintes. Depuis trois ans et demi, je vis en enfer car le moindre bruit est pour moi synonyme d'agression et de douleur.Tout se passe comme si les sons atteignaient mon oreille par l'intermédiaire d'un objet pointu et non par la vibration de l'air. Aller au cinéma, au restaurant, marcher en ville normalement, écouter de la musique, bricoler, téléphoner, participer à un repas de famille ou d'amis... m'est désormais impossible tant ces activités banales me font souffrir. Des gestes aussi simples que prendre une douche ou me couper les ongles sont une épreuve, et je suis dépendant de tierces personnes pour faire les courses, cuisiner, effectuer des démarches administratives, etc. Bien entendu, j'ai dû cesser mon travail d’enseignant-chercheur et je suis aujourd'hui sans revenu. Privé de loisirs, de vie sociale
et d'activité professionnelle, aujourd'hui je ne vis plus, je survis
! Je garde néanmoins l'espoir de voir mon état
s'améliorer un jour, bien que la thérapie suivie pendant
deux ans (TRT) n’ait pour moi donné aucun résultat.
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